I. Fiscalité des ménages : revalorisation et nouvelles impositions
1.1. Revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu
L’une des mesures phares de la loi de finances pour 2025 est la revalorisation des tranches de l’impôt sur le revenu à hauteur de 1,8 %. Cette mesure vise à ajuster le barème de l’impôt à l’inflation afin d’éviter que certains ménages voient leur imposition augmenter simplement en raison d’une revalorisation salariale indexée sur la hausse des prix.
Si cette indexation n’avait pas été appliquée, environ 380 000 foyers fiscaux supplémentaires seraient devenus imposables, et 17,6 millions de ménages déjà imposés auraient vu leur impôt progresser.
Le nouveau barème applicable aux revenus de 2025 est donc le suivant :
Tranches de revenus (2025) | Taux d’imposition |
---|---|
Jusqu’à 11 497 € | 0% |
De 11 498 € à 29 315 € | 11% |
De 29 316 € à 83 823 € | 30% |
De 83 824 € à 180 294 € | 41% |
À partir de 180 295 € | 45% |
Grâce à cette indexation du barème, les ménages dont les revenus évoluent au même rythme que l’inflation ne subiront pas d’augmentation d’impôt.
1.2. Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR)
Une nouvelle imposition est introduite en 2025 pour les revenus les plus élevés. La Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus (CDHR) vise à garantir un taux d’imposition effectif minimum de 20 % pour :
- Les contribuables célibataires dont les revenus dépassent 250 000 euros.
- Les couples dont les revenus dépassent 500 000 euros.
Cette mesure cible notamment les contribuables qui bénéficient du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les dividendes, plus-values et revenus du capital, dont seulement 12,8 % sont soumis à l’impôt sur le revenu. Avec la CDHR, ces contribuables verront leur taux d’imposition minimum passer de 12,8 % à 20 %, ce qui pourrait porter la flat tax à 37,2 % en incluant les prélèvements sociaux.
📌 Impact attendu :
- Environ 24 300 foyers fiscaux concernés.
- Un acompte de 95 % sera prélevé entre le 1er et le 15 décembre 2025 pour générer des recettes dès 2025.
- 2 milliards d’euros de recettes fiscales attendus.
Cette mesure est temporaire et ne devrait s’appliquer qu’en 2025. Toutefois, le ministre de l’Économie travaille sur une réforme plus large de la fiscalité du patrimoine pour 2026.
1.3. Exonération des donations pour l’achat de logements neufs
Afin de stimuler l’investissement immobilier dans le neuf, la loi de finances pour 2025 introduit une exonération fiscale sur les donations destinées à financer un achat immobilier.
📌 Conditions de l’exonération :
- Montant maximal : 100 000 €.
- Bénéficiaires : descendants en ligne directe (enfants, petits-enfants) ou neveux et nièces sans descendance.
- Obligation d’investir dans un bien neuf en résidence principale (pour eux-mêmes ou pour un locataire).
Cette mesure vise à redynamiser le marché du logement neuf, confronté à une crise de la construction ces dernières années.
II. Fiscalité des entreprises et marchés financiers
2.1. Réforme du dispositif de Location Meublée Non Professionnelle (LMNP)
Le régime fiscal avantageux de la Location Meublée Non Professionnelle (LMNP) est modifié. Jusqu’à présent, ce dispositif permettait aux investisseurs de déduire des amortissements de leurs revenus locatifs sans impact sur la plus-value lors de la revente.
Désormais, la loi prévoit que les amortissements pratiqués seront intégrés dans le calcul de la plus-value imposable, ce qui entraînera une augmentation de l’impôt en cas de cession.
📌 Ce qui change :
- Hausse de la fiscalité sur les reventes de biens en LMNP.
- Application immédiate aux cessions réalisées dès la promulgation de la loi.
- Exceptions : les logements situés dans des résidences étudiantes et seniors ne sont pas concernés.
Objectif : réduire les niches fiscales et freiner la spéculation immobilière.
2.2. Augmentation de la taxe sur les transactions financières
Le taux de la taxe sur les transactions financières (TTF) passe de 0,3 % à 0,4 %, soit une hausse de 33 %.
📌 Principaux éléments :
- Cette taxe s’applique aux achats d’actions des entreprises dont la capitalisation dépasse 1 milliard d’euros.
- Objectif : générer 500 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires.
Cette mesure vise à renforcer la fiscalité sur les grandes entreprises cotées et à diversifier les recettes fiscales de l’État.
2.3. Surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises
Afin de compenser le déficit budgétaire, le gouvernement instaure une surtaxe temporaire sur les bénéfices des grandes entreprises, valable uniquement pour l’année 2025.
📌 Détails de la surtaxe :
- Augmentation de 20,6 % pour les entreprises avec un chiffre d’affaires entre 1 et 3 milliards d’euros.
- Augmentation de 41,2 % pour les entreprises avec un chiffre d’affaires supérieur à 3 milliards d’euros.
- Objectif : 8,5 milliards d’euros de recettes fiscales.
🔎 Exemple d’entreprises concernées :
Entreprise | Montant estimé de la surtaxe |
---|---|
LVMH | 750 millions d’euros |
EDF | 500 millions d’euros |
Vinci | 400 millions d’euros |
Airbus | 300 millions d’euros |
L’Oréal | 250 millions d’euros |
Certaines entreprises très internationales, comme TotalEnergies ou la Société Générale, sont peu concernées car elles réalisent peu de bénéfices en France.
2.4. Taxe sur les rachats d’actions
Les entreprises réalisant des rachats d’actions suivis d’une annulation seront désormais soumises à une taxe de 8 %.
📌 Détails de la mesure :
- Applicable aux entreprises avec un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros.
- Objectif : générer 200 millions d’euros de recettes fiscales annuelles.
- Exemptions pour les rachats réalisés dans le cadre de l’actionnariat salarié.
Cette mesure vise à réduire les stratégies d’optimisation financière qui privilégient le retour aux actionnaires plutôt que l’investissement dans l’économie réelle.
III. Fiscalité écologique et automobile
3.1. Malus automobile aggravé pour les véhicules thermiques
Dans le cadre de la transition écologique, la loi de finances pour 2025 renforce la taxation des véhicules thermiques à forte émission de CO₂. Le malus auto est progressivement augmenté jusqu’en 2027, avec un plafond de taxation relevé chaque année.
📌 Évolution du malus maximal :
- 70 000 € en 2025
- 80 000 € en 2026
- 90 000 € en 2027
Cette nouvelle grille de taxation concerne les immatriculations effectuées à compter du 1ᵉʳ mars 2025, tandis que le barème de 2024 reste en vigueur jusqu’à fin février.
Impact et objectifs
✅ Encourager la transition vers les véhicules électriques en rendant l’achat de véhicules thermiques plus coûteux.
✅ Réduire les émissions de CO₂ en pénalisant les véhicules les plus polluants.
✅ Augmenter les recettes fiscales grâce à un système de taxation plus strict.
🔎 Qui est concerné ?
- Les acheteurs de véhicules neufs à moteur thermique.
- Les véhicules les plus polluants, principalement les SUV haut de gamme et certaines voitures de sport.
Cependant, cette mesure est critiquée par certains professionnels du secteur automobile, qui craignent une baisse des ventes et un impact négatif sur l’industrie.
3.2. Réduction du budget de la transition écologique
Alors que le gouvernement affiche des ambitions écologiques, les crédits alloués à l’écologie sont en forte baisse.
📌 Détail des réductions budgétaires :
- Fonds vert : baisse de 86 millions d’euros.
- MaPrimeRénov’ (aide à la rénovation énergétique des logements) : baisse de 460 millions d’euros.
- Crédits de la mission Écologie : baisse de 2,1 milliards d’euros par rapport à 2024.
Cette réduction budgétaire intervient alors que la transition énergétique nécessite des investissements massifs pour atteindre les objectifs climatiques de la France.
3.3. Augmentation de la taxe sur les billets d’avion
La taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), introduite en 2006, est fortement augmentée pour les vols au départ de la France à compter du 1ᵉʳ mars 2025.
📌 Nouveaux tarifs de la taxe :
Type de vol | Classe économique | Classe affaires/première |
---|---|---|
Vols intra-européens | 7,40 € | 20,27 € |
Vols moyen-courriers | 15,00 € | 80,00 € |
Vols long-courriers | 40,00 € | 120,00 € |
🔎 Objectifs de la mesure :
✅ Réduire l’empreinte carbone du transport aérien en rendant les billets plus chers.
✅ Encourager des alternatives plus écologiques comme le train sur les courtes distances.
✅ Augmenter les recettes fiscales : 100 millions d’euros attendus.
🚨 Impact sur les voyageurs :
- Les vols longs courriers deviennent significativement plus coûteux.
- Les voyageurs en classe affaires sont les plus touchés.
- Cette mesure pourrait affecter les compagnies aériennes françaises et le tourisme.
IV. Mesures en faveur du logement et du financement immobilier
4.1. Élargissement du Prêt à Taux Zéro (PTZ)
Le Prêt à Taux Zéro (PTZ), destiné à favoriser l’accès à la propriété, est élargi à l’ensemble du territoire pour les logements neufs. Jusqu’à présent, il était limité aux zones dites tendues (où la demande de logements dépasse l’offre).
📌 Nouveaux critères du PTZ :
- Applicable partout en France et plus seulement dans certaines zones.
- Concerne les logements neufs uniquement.
- Entrée en vigueur : deux mois après la promulgation de la loi.
- Durée d’application : jusqu’à fin 2027.
🔎 Conséquences attendues :
✅ Faciliter l’accès à la propriété pour les ménages modestes.
✅ Encourager la construction de logements neufs.
✅ Soutenir le secteur du BTP.
Toutefois, certains experts estiment que cette mesure pourrait ne pas suffire à relancer le marché du neuf, qui souffre de coûts de construction élevés et de la baisse des permis de construire.
4.2. Augmentation des frais de notaire (droits de mutation)
La loi de finances pour 2025 prévoit une hausse des droits de mutation à titre onéreux (communément appelés « frais de notaire ») pour les achats immobiliers.
📌 Changement clé :
- Les départements pourront relever leur part de taxe de 4,5 % à 5 %.
- Ce changement s’appliquera du 1ᵉʳ avril 2025 au 31 mars 2028.
🔎 Impact financier pour les acheteurs :
Montant du bien | Surcoût lié à la hausse des frais de notaire |
---|---|
150 000 € | 750 € |
250 000 € | 1 250 € |
400 000 € | 2 000 € |
✅ Qui est exonéré ?
- Les primo-accédants, afin de ne pas pénaliser les jeunes acheteurs.
🚨 Critiques et enjeux :
- Hausse du coût des transactions immobilières.
- Impact négatif sur le pouvoir d’achat immobilier.
- Risque de ralentissement des ventes, notamment dans un marché déjà en difficulté.
V. Budget de l’État et des collectivités locales
5.1. Réduction des dépenses publiques
La loi de finances pour 2025 prévoit une réduction des dépenses publiques dans plusieurs secteurs, dans le but de maîtriser le déficit budgétaire et de respecter les engagements financiers de l’État.
Réduction des crédits de l’Aide Médicale d’État (AME)
- Le budget alloué à l’AME, qui finance les soins des étrangers en situation irrégulière, est diminué de 111 millions d’euros, pour un total de 1,3 milliard d’euros en 2025.
- Objectif : rationaliser les dépenses de santé tout en maintenant les ressources au niveau de 2024.
Diminution du budget de l’Écologie et du Fonds vert
- Le Fonds vert, destiné à financer des projets de transition écologique dans les territoires, voit ses crédits réduits de 86 millions d’euros.
- La mission Écologie enregistre une baisse de 2,1 milliards d’euros par rapport à 2024.
- Cette baisse concerne notamment les aides à la rénovation énergétique, avec une réduction de 460 millions d’euros pour MaPrimeRénov’.
Coupes budgétaires dans la politique du logement
- La mission Cohésion des territoires, qui inclut le logement, voit ses crédits diminuer de 680 millions d’euros.
- Les APL (Aides Personnalisées au Logement) sont réduites de 300 millions d’euros, une baisse moins importante que les 500 millions initialement prévus.
Réduction du budget du Ministère du Travail
- Les crédits du Ministère du Travail diminuent de 2,6 milliards d’euros par rapport à 2024.
- Objectif : réduire les dépenses de fonctionnement et les aides à l’emploi.
Réduction des financements dans le domaine du sport
- Le secteur du sport échappe à une réduction supplémentaire de 34 millions d’euros, mais son budget diminue de 182 millions d’euros par rapport à 2024.
Maintien du Service National Universel (SNU), mais avec un budget réduit
- Le Service National Universel (SNU) est maintenu en 2025, mais son financement est réduit de 89 millions d’euros.
5.2. Maintien du soutien aux collectivités locales
Malgré les coupes budgétaires, l’État a décidé de réduire l’effort budgétaire demandé aux collectivités locales.
- L’économie imposée aux collectivités passe de 5 milliards d’euros (prévu initialement) à 2,2 milliards d’euros, en accord avec le Sénat.
- Cette réduction permet aux collectivités de maintenir certains investissements, notamment dans les infrastructures et les services publics locaux.
📌 Conséquences de ces ajustements budgétaires :
- L’État cherche à réduire son déficit sans asphyxier les collectivités locales.
- Certaines coupes budgétaires sont moins importantes que prévu, notamment dans le logement et l’écologie.
- Les collectivités locales conservent une marge de manœuvre pour leurs dépenses d’investissement.
VI. Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025
6.1. Objectifs et grands axes
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 vise à maîtriser les dépenses de santé et à rééquilibrer les comptes de la Sécurité sociale, tout en préservant les aides aux populations les plus vulnérables.
Les grands axes de cette loi sont :
✅ La rationalisation des dépenses de santé.
✅ La réduction de certaines prestations sociales pour contenir le déficit.
✅ Le maintien de dispositifs essentiels pour garantir l’accès aux soins.
6.2. Réduction des crédits alloués à la santé et aux prestations sociales
Réduction des dépenses de santé
- Le budget global de la Sécurité sociale est revu à la baisse pour freiner la progression des déficits.
- Certaines prestations de santé sont concernées par des restrictions budgétaires.
Maintien de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) et du minimum vieillesse
- Ces aides ne sont pas touchées par les coupes budgétaires, afin de protéger les bénéficiaires les plus vulnérables.
Réduction de certaines allocations
- Certains ajustements sont réalisés sur les aides aux familles et aux chômeurs pour optimiser les dépenses.
📌 Impact global des mesures sur la Sécurité sociale :
- Une politique de contrôle des dépenses visant à limiter le déficit.
- Un effort budgétaire ciblé pour éviter d’impacter les populations les plus fragiles.
- Une probable réforme à venir en 2026 pour ajuster durablement les finances sociales.
Conclusion
La loi de finances pour 2025 marque un tournant budgétaire, avec une volonté de réduire le déficit public en combinant de nouvelles recettes fiscales et des coupes budgétaires ciblées.
✅ Principales mesures fiscales :
- Hausse des impôts pour les hauts revenus et les grandes entreprises.
- Augmentation de certaines taxes (transactions financières, billets d’avion, rachats d’actions).
- Revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu pour protéger les ménages face à l’inflation.
✅ Principales réductions de dépenses :
- Baisse des crédits pour l’écologie, le logement et certaines prestations sociales.
- Maintien des aides essentielles pour les plus vulnérables.
- Soutien limité mais préservé pour les collectivités locales.
📌 Perspectives pour 2026 :
- Une probable réforme de la fiscalité du patrimoine en remplacement de la CDHR.
- Un suivi de l’impact des mesures budgétaires sur la croissance et le pouvoir d’achat.
- Des ajustements à prévoir selon l’évolution du déficit et des engagements européens.
Avec ces mesures, le gouvernement cherche un équilibre entre assainissement budgétaire et préservation du pouvoir d’achat, tout en préparant de nouvelles réformes fiscales et sociales pour les années à venir.